Faux Rhum Le Faux Rhum Faux Rhum  

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Au pire moment -1- 2  
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Gemini
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29/02/2012
Posté le 19/04/2020 à 23:31:35. Dernière édition le 19/04/2020 à 23:40:25 

[Ce RP prend place durant l'event des zombies de Valakas. Je créé ce topic à part pour ne pas surcharger le topic officiel. Bonne lecture.]
 
On vivait une drôle d'époque. On n'avait pas eu le temps de dire ouf sur la Chimère que de nouvelles emmerdes se profilaient déjà à l'horizon. Cette fois, une histoire de cadavres ambulants... Les rumeurs étaient terribles autour de New Kingston, on parlait d'attaques de jour comme de nuit, de gens tirés de leur sommeil par des créatures affamées. Ni moi ni mon frère n'y avions vraiment prêté attention ; il avait fallu qu'une saloperie odorante attaque un homme sous mon nez pour que je me rende à l'évidence... Un espagnol. Renat, je crois ? Celui que Providence aimait se taper en ce moment. Un genre de bellâtre. Le gars était plus bas dans le manoir, je l'observais en coin. Un truc visqueux s'était précipité sur lui et l'avait emporté dans les ténèbres... Aucune idée de ce qu'il était advenu de lui. Soudain, ce bon vieux Manoir Hanté s'était mué en piège mortel. Il me fallait sortir au plus vite, rejoindre les autres et voir avec eux ce qu'il convenait de faire. Prendre des nouvelles de mes acolytes, Salamandre et Angus. M'assurer qu'ils étaient en sécurité. J'avais abattu d'autres créatures au passage, plus ordinaires celles-ci et tout aussi perturbées que moi. Merde, si même les trous-du-cul habituels qui infestaient les sombres recoins de Liberty semblaient inquiets, alors l'heure devait être foutrement grave. Une drôle de sensation m'avait collé au train lors de ma fuite, comme si un oiseau géant laissait planer sa grande ombre menaçante, prêt à fondre sur moi. Je m'étais petit à petit persuadé que l'on me suivait à la trace. Un drôle d'écho par ci, un murmure par là... Salamandre aimait dire que j'étais paranoïaque. Peut-être que c'était vrai. Mais je ne voulais pas prendre le risque de me tromper. J'avais guetté mon mystérieux espion toute la journée, les sens en alerte, le fusil prêt à faire feu. Maintenant, j'en étais sûr et certain : on me suivait. Il -ou elle- était sacrément doué, ça oui. Le souffle ténu de la voix de mon frère Iacopo dissipa mes derniers doutes.
 
"Marco. Il y a quelqu'un derrière nous."
 
Je murmurais tout bas ma réponse.
 
"D'accord. On va le cueillir cette nuit.
 
- S'il n'attaque pas avant."
 
Je hochais la tête. Le manège dura encore de longues heures avant que je ne puisse me poser et monter le camp. En tout cas, si mon suiveur était l'un de ces "zombies" il faisait preuve d'une patience remarquable. Je me préparais donc à passer la nuit abrité dans le creux formé par les racines d'un gigantesque palmier. J'envisageais un instant de coucher dans le noir pour ne pas attirer l'attention mais j'abandonnais vite cette idée : si mon expérience avec les créatures étranges de Liberty m'avait bien appris une chose, c'était que le feu purificateur était l'un des meilleurs alliés qui soient contre ceux qui aiment ramper dans les ténèbres. Je me décidais donc à allumer un petit foyer, suffisant pour préparer ma tambouille et repousser les éventuels prédateurs dont la nature regorgeait en temps normal. Curieusement, ni oiseaux ni insectes ne donnaient de la voix.

La jungle était silencieuse ce soir.
Gemini
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Posté le 21/04/2020 à 11:47:38. Dernière édition le 21/04/2020 à 16:25:46 

Assis près de mon feu, la main posée sur le fusil, j'attendais. L'appréhension me faisait transpirer comme un beau diable. Peut-être n'aurai-je que quelques instants pour réagir. Je sentis une goutte de sueur couler le long de mon front, et je comptai les secondes avant l'assaut qu'une sourde intuition me disait imminent. Un bruissement ténu m'indiqua que mon mystérieux intrus avait -enfin !- pénétré l'enceinte de mon camp. Derrière moi, un peu à droite. Comme toujours, l'appréhension fit place à la colère, une colère irraisonnée que l'on osât s'en prendre à MOI. Je me retournai d'un bloc, le doigt sur la détente de mon arme.
 
"Un pas de plus et je fais des trous dans ta couenne," crachai-je.
 
Je plissai les yeux, faisant de mon mieux pour percer l'obscurité qui régnait encore au-delà du petit espace éclairé par mon foyer. Qui que ce soit, il hésitait... Quelques secondes s'écoulèrent avant que l'intrus ne se décide à avancer, apparaissant enfin à la lumière. C'était un mioche. Rien qu'un mioche. Non, un adolescent. Le visage anguleux, un quelque chose de gracile dans son aspect général, son maintien... Un infime renflement au niveau de sa poitrine. Une fille pour sûr. Quinze ans ? Seize, peut-être ? Impossible à dire, décharnée comme elle était. Comme un clébard affamé. Elle n'était pas grande... Pour sûr qu'elle n'avait pas souvent mangé à sa faim, celle-là. Quelque chose en elle ne collait pas, sans que je pus mettre le doigt sur ce qui me perturbait.
 
Son teint paraissait maladif à la faible lueur du feu, comme celui des voyageurs au visage verdi par le mal de mer. Elle s'avança encore et je pus mieux distinguer ses traits ainsi que ses vêtements. Sa dignité n'était couverte que de haillons, elle allait sans chaussures et ses pieds, nus et crasseux, étaient dotés de singuliers ongles recourbés comme les griffes d'un animal. Il en allait du même du peu que je pouvais voir de ses mains aux longs doigts crochus ; son aspect sauvage me fascina. C'est alors que cela me frappa : ce que j'avais pris pour des tresses grossières dans sa tignasse noir de charbon, dépassant de sous sa capuche crasseuse, étaient en fait ses oreilles... De longues oreilles, aussi ridicules que celles d'un âne ! Bien campée sur ses jambes grêles, la curieuse créature pointa alors un doigt impérieux vers mes affaires étalées au sol, puis se frotta l'index et le pouce ensemble en me fixant. Le geste était universel, sans équivoque. La thune ! La monnaie ! L'oseille ! Autrement dit... La bourse ou la vie !
 
"Non." lui répondis-je, ne pouvant m'empêcher d'arborer un rictus méprisant. Cela faisait longtemps, bien trop longtemps que les bandits de Liberty n'avaient pas tenté de me voler mon pécule. Plusieurs avaient essayé au début, et hormis les plus fous -maudit Borat !- peu osaient encore prendre ce risque maintenant. Mon sourire s'effaça promptement lorsque je vis qu'un canif était apparu comme par magie dans le poing fermé de la jeune créature, qui fonça sur moi comme une furie. Je ne tardai pas à sentir de minuscules piqûres d'abeille me larder les flancs, incapables pour la plupart de traverser les couches de cuir et de tissu protégeant mon corps mais autrement désastreuses pour ma patience déjà lourdement mise à mal. La lutte fut brève mais terrible, et mes mains -ouïlle !- n'en sortirent pas indemnes.
 
Finalement, en la tenant d'une main par les poignets, suspendue dans les airs, je m'assurai qu'elle ne puisse plus guère que gigoter dans le vide sans pouvoir m'atteindre. Je levai le bras jusqu'à ce que son visage soit à hauteur du mien. Le feu se reflétait dans ses yeux... Des yeux d'ambre, fendus à la verticale. Des yeux sauvages. Ce que j'y lus me fit courir un frisson le long de l'échine.
 
"Bien essayé. Qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire de toi maintenant, petite conne ?"
 
La jeune fille se débattit en me montrant les dents, qu'elle avait d'ailleurs fort pointues... J'avais, à une époque lointaine, guerroyé contre une tribu de fous furieux qui avaient pour coutume de se limer les dents. Des cannibales. Je n'avais pas connaissance d'une tribu de ce genre par ici. Le mystère des origines de mon espionne attendrait ; le bruit de notre lutte avait pu attirer l'attention, et je ne voulais pas être surpris en fâcheuse posture. Iacopo me souffla ce que je devais faire. Je vis les yeux de la jeune fille s'arrondir de surprise ; elle devait se demander d'où sortait la voix qu'elle venait d'entendre. Good ! Ça prouvait au moins qu'elle était plus... développée que son apparence le laissait supposer. Je profitais de sa stupéfaction pour l'estourbir d'un violent coup au visage.
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Posté le 23/04/2020 à 22:48:49. Dernière édition le 23/04/2020 à 23:06:11 

J'avais laissé la mioche inconsciente sur le sol de la jungle, deux jours plus tôt. Tant pis pour elle. C'était une voleuse, et je détestais les voleurs... L'abandonner à son sort plutôt que de l'abattre sur place était en soi une preuve de clémence de ma part. N'empêche, je ne pouvais ignorer la pointe de culpabilité qui me tenaillait dès que je repensais à elle.

N'en avais-je pas assez ? Toute notre vie durant mon frère et moi avions été pourchassés, honnis, insultés et humiliés. Notre difformité nous avait condamnés à une vie de reclus, de bêtes de foire bonnes à amuser la galerie. Nous avions ravalé notre fierté jusqu'à n'en plus pouvoir, et à ce moment nous avions laissé explosé notre colère et notre frustration. Malheur à ceux qui tentaient de nous faire rentrer dans le rang, pour toujours et à jamais.

Cette môme n'avait probablement pas décidé plus que nous d'être ainsi. Que foutait-elle dans ce manoir ? Y vivait-elle seule ? Si oui, depuis combien de temps ? Avait-elle été abandonnée à la naissance, elle aussi ? Battue ? Chassée à coups de pierres des villages où résidaient les civilisés ? N'existerait-il pas un monde où nous vivrions, ô monstres du dimanche, sans peur d'être méprisés ?

*fouille*

Je parcourais mes cartes pour tenter de retrouver le tracé du sentier, profitant du point de vue surélevé que m'offrait la colline que je venais de gravir. J'avais escaladé un gros amas de rochers histoire de mieux voir le paysage en contrebas, je surplombais juste assez la végétation ambiante pour voir où j'étais et m'orienter. Le chemin, peu entretenu depuis des mois, était touffu et propice aux embuscades sur plusieurs kilomètres, ce que je savais fort bien : j'en avais moi-même organisé plusieurs, ici au Nord de New-Kingston. Les routes devenaient de plus en plus dangereuses ; à ce qu'on disait, la Caverne Aventura juste à côté était infestée... Des contingents d'idiots s'efforçaient d'y réduire le nombre de ces horreurs. Je devais m'éloigner, et vite. Il était essentiel que je me concentre le temps de trouver un abri sûr. Ces pensées pleines de guimauve me tournaient dans la caboche et me distrayaient trop souvent.

*fouille*

Debout avec la baie sous les yeux, je bus une longue rasade à ma gourde. La chaleur était torride. Heureusement, j'avais laissé le reste de mes affaires en bas pour ne pas me surcharger. Je redescendis de mon poste d'observation, retrouvant le plancher des vaches en quelques sauts de rocher en rocher. Merde. Cette gamine...

*fouille fouille*

Hé, mais...

"HÉ !"

La mioche ! La merdeuse ! Elle m'avait suivi ! Elle était là, devant moi, prise la main dans le sac... MON sac ! Accroupie devant pour être exact, les bras plongés dedans jusqu'aux coudes. Elle tourna la tête vers moi en entendant mon cri -dévoilant un énorme coquard au passage-, puis se mis à gronder des mots incompréhensibles lorsque je fis mine de me précipiter sur elle. Peste ! Ses grandes mains arachnéennes étaient remplies de mes affaires. Elle battit en retraite vers l'abri dense des fourrés, me bombardant des babioles qu'elle avait piochées dans mon sac l'instant d'avant.

Un râle puissant sortit du rideau de végétation tout proche, nous faisant nous figer tous les deux sur place, et nous fîmes silence aussi rapidement que nous avions commencé à nous insulter. Je courbai le dos, poings serrés ; elle se tapit au sol, ses oreilles improbables dressées comme celles d'un lapin en alerte. Nous échangeâmes un regard chargé de haine, yeux plissés. Je tâchai de lui transmettre mon mépris, et elle ne se fit pas prier pour me renvoyer la pareille. Mais elle devrait attendre : un troisième larron avait apparemment jugé bon de s'inviter à notre petite fête.
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Posté le 25/04/2020 à 22:45:18. Dernière édition le 25/04/2020 à 22:51:26 

Nous fûmes tous deux surpris par sa vitesse. La chose qui avait poussé ce râle écarta brutalement les fourrés, se frayant frénétiquement un passage vers nous. Notre présence semblait la rendre folle -on pouvait entendre ses mâchoires claquer dans le vide, réclamant de la viande fraîche ! Ses yeux n'étaient plus que des ruines purulentes, et des asticots grouillaient sur sa peau. Ce qui était encore récemment un homme avait l'air d'avoir pourri quelques jours au soleil des Caraïbes, picoré par les crabes et les mouettes avant qu'une sorcellerie malfaisante ne le prive de son repos éternel. L'odeur pestilentielle qui s'en dégageait me fit méchamment froncer le nez... Elle me rappelait Valakas dans ses pires moments, fleurant la moisissure au point que j'avais parfois envisagé de mettre le feu à sa cabine après l'y avoir enfermé.

Ma jeune voleuse eut un violent haut-le-coeur et tenta maladroitement de s'écarter du chemin titubant de l'homme mort. Je vis le danger avant elle : elle allait mettre le pied sur une flaque de feuilles pourries, traître et glissante. Son pied dérapa sitôt qu'elle le posa, l'envoyant valdinguer sur le sol, sans défense face au monstre qui arrivait droit sur nous. Il se précipita sur elle, se jetant presque à terre dans sa frénésie. Je restai immobile. La mioche m'implorait de ses yeux de chat, terrorisée, essayant tant bien que mal de repousser son assaillant en se débattant à coups de poings et de pieds. Les mains pourries s'agrippèrent de toutes leurs forces, trouvant une prise, et la fille hurla de douleur quand les ongles cassés lui lacérèrent la cheville. Je pouvais m'enfuir. Mes affaires étaient là, à portée de main. Le monstre était occupé. J'étais libre.

VLAN !

Je pus sentir mon frère approuver mon acte au moment même où ma botte cloutée -tristement célèbre parmi les culs des aspirants de la Chimère du temps où j'étais encore capitaine- frappa de plein fouet le flanc du monstre. La môme m'avait suivi. Elle avait survécu malgré que je l'aie abandonnée à son sort, deux jours plus tôt. Chance, talent ou les deux ? Je voulais en avoir le coeur net.

Et puis, elle me rappelait trop Elliott, mon ancien disciple, pour que je la laisse mourir de manière aussi atroce.

La sensation familière des côtes qui craquent m'emplit d'une joie sauvage, me poussant à frapper davantage. Je m'empressai de boire à grandes gorgées à cette coupe avec bonheur. Je fis pleuvoir les coups sur le monstre, écrasant ses doigts sous mes talons, brisant autant de dents que je le pouvais. Le bougre s'accrochait encore à la môme, déterminé à avoir son repas. Je me penchai sur lui, l'empoignai par le cou, serrant jusqu'à sentir mes doigts crever sa peau et s'enfoncer dans sa chair molle. Je pouvais sentir les asticot se tortiller sous mes mains. Puis je le traînai jusqu'au bord de la pente raide au sommet de la colline où nous nous trouvions, prenant garde à ce qu'il ne puisse ni me mordre ni m'agripper. Là, je lui imprimai une violente poussée dans le dos, l'envoyant bouler cul par-dessus tête dans la pente. Je ne le quittai pas des yeux jusqu'à ce qu'il soit hors de vue. La série de craquements lugubres accompagnant sa course chaotique m'indiquèrent que même s'il survivait à la chute, celui-là n'allait pas pouvoir me poursuivre de sitôt.

Enfin ! Le calme était revenu. La fille était toujours par terre, prostrée. Elle reniflait en tâtant sa cheville blessée. La coupure était assez profonde, et un léger filet de sang continuait de couler. Le rouge vif tranchait sur l'étrange vert pâle de sa peau. Je restai debout, laissant l'adrénaline retomber doucement, la toisant de toute ma hauteur. Je n'allais pas oublier qu'elle avait d'abord essayé de me voler par deux fois, mais la curiosité s'accentuait à chaque seconde que je regardais son physique parfaitement atypique.

"Vaudrait mieux soigner ça tout de suite."

Elle ne répondit rien. Peut-être était-elle muette, ou ne savait-elle pas parler. Elle leva les yeux vers moi, et malgré un air qui se voulait sans doute farouche, je constatai qu'elle pleurait à chaudes larmes.

"Allez, viens. Je vais te nettoyer ça."
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Posté le 27/04/2020 à 22:05:11. Dernière édition le 27/04/2020 à 22:08:48 

Une fois sa cheville soignée et bandée, le plus urgent était de bouger, changer d'endroit, retrouver un abri. Ma cervelle laissait la paranoïa prendre le dessus dans ces moments-là, et j'agissais à l'instinct et sans me poser la moindre question. Bien évidemment, j'avais dû la porter pour ne pas la laisser derrière. Le temps qu'elle se rende compte de ce que je faisais, je l'avais solidement calée sous mon bras comme un sac de patates. Elle avait râlé sur les deux ou trois premiers kilomètres avant de se résigner, moment où elle avait décidé de se laisser pendre de tout son poids ce qui, il faut le dire, n'était pas grand-chose. Je ne l'avais toujours pas entendue prononcer le moindre mot.

J'avais marché tout l'après-midi pour nous éloigner le plus possible du lieu de l'attaque, finissant par atteindre la baie de New Kingston. Les environs étaient calmes... La menace d'une invasion monstrueuse commençait déjà à paraître lointaine, ici au milieu des ouvriers, pêcheurs et marchands qui essayaient de faire bonne figure. Les guerriers restés garder la ville n'allaient guère poser de problèmes : entre les vieillards et les éclopés, ceux encore capable de voir clairement étaient les pleutres qui préféreraient m'éviter. Je posai mon cul sur une botte de paille et mon fardeau par terre, satisfait d'avoir trouvé un lieu calme où faire une pause, près d'une bâtisse désertée. Nous nous faisions face depuis, grignotant, buvant et nous reposant dans un mutisme absolu, faisant de notre mieux pour prétendre que notre présence à l'un et à l'autre était parfaitement normale. Ma voleuse m'examinait sous toutes les coutures, me tournant autour en gardant malgré tout quelques pas de distance au minimum. Je choisis de l'ignorer et de me concentrer sur la mastication d'un morceau de viande séchée particulièrement dur.

Elle s'était enfin assise après avoir soigneusement tapoté le sol de ses pieds griffus. Elle resta assise là à se ronger les ongles pendant plusieurs minutes, tendant les oreilles au son d'un oiseau qui passait, du bétail ou d'une voix distante. Je commençai à me demander s'il lui arrivait de fréquenter autre chose que le Manoir en temps normal... Elle me paraissait à fleur de peau, fascinée et effrayée à la fois. Remarque, il était facile de s'inquiéter d'être près des villes lorsque les habitants avaient le chic pour nous accueillir à coups de pierres. Ah ! Elle s'animait enfin. Elle fit apparaître une bourse maigrelette de sous sa tunique en haillons avant d'en renverser le contenu sur le sol ; une vingtaine de pièces d'or s'éparpillèrent par terre. La voilà qui étalait sa monnaie sous mon nez ! Elle voulait sans doute m'impressionner.
 
Elle commença à compter méthodiquement les pièces une par une avec des gestes exagérés. Elle ne cessait de relever la tête à intervalles réguliers pour me regarder, haussant les sourcils comme si elle s'étonnait elle-même de sa propre richesse. Au bout d'un moment, elle s'arrêta de compter et fit mine de réfléchir de manière très intense avec encore une fois une mimique des plus expressives. Elle se saisit de la pièce la plus sale et abîmée qu'elle put trouver avant de me la tendre avec un grand sourire encourageant... Je compris alors que la petite effrontée essayait de me payer pour mon aide.
 
Je ne pris pas la pièce. Elle resta là, bras tendu et sourire figé -les bords de ses lèvres commencèrent à frémir sous l'effort. Mon tour ! En prenant bien soin de ne pas la quitter des yeux, je passai la main sous ma cape jusque dans l'une des bourses accrochées à ma ceinture ; j'y tâtonnai à la recherche de la plus grosse gemme que je pouvais y trouver, et exhibai bientôt à l'air libre un énorme diamant. Je le portai à ma bouche avant de le lécher sur toute sa longueur puis de le remettre là d'où il était venu. A moi.
 
Les lèvres de la petite s'incurvèrent vers le bas, réplique parfaitement inversée de son précédent sourire.
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Posté le 29/04/2020 à 23:02:02. Dernière édition le 29/04/2020 à 23:39:08 

Nous avions continué en laissant New Kingston derrière nous, prenant la direction de l'une des caches pirates ; je comptais y trouver des provisions, et peut-être aurais-je pu y croiser l'un de mes camarades qui aurait mieux su que moi ce qu'il se passait et ce qu'il convenait de faire -nous n'avions, cette fois, pas reçu de message du capitaine. Je me sentais laissé à moi-même lors de cette crise bien inquiétante.

Cela s'était avéré être une très, très mauvaise idée. "Ils" n'infestaient pas uniquement le Nord de Liberty, contrairement à ce que j'avais cru. La côte Sud était aussi envahie, la situation y paraissait même encore plus préoccupante ; plus sauvage et moins peuplée, cette région était aussi plus isolée et les informations y circulaient moins vite. Mes rares tentatives pour nous diriger vers l'intérieur des terres étaient restées sans succès : des dizaines d'abominations semblables à celle qui nous avait attaquée grouillaient dans les sous-bois. Traverser la jungle déjà dangereuse dans ces conditions tenait du suicide pur et simple. Heureusement, leur odeur était tellement puissante qu'on les sentait largement avant de les voir. Nous gardions donc un certain avantage tant que le paysage restait ouvert. Cela n'avait pas empêché plusieurs hameaux isolés d'être attaqués, et certains avaient été vidés de leurs habitants en l'espace de quelques heures. Les quelques fuyards que nous avions croisés étaient à moitié fous de terreur et je n'avais pu leur soutirer ces informations que sous la menace.

La mioche était inquiète. Elle qui marchait d'habitude à quelques mètres derrière moi, prompte à sauter à mes côtés au moindre bruit suspect, me collait maintenant de si près que je manquais parfois de lui marcher dessus. Je crois que je m'attachais petit à petit à sa présence muette, la cherchant instinctivement des yeux quand je la perdais de vue -chose qui arrivait souvent lorsque nous tombions sur quelque maison vide à piller. Elle semblait adorer l'or et toute richesse sur laquelle elle pouvait mettre la main... Je l'avais vue s'emparer d'une fourchette une fois, et agir comme s'il s'agissait du trésor d'un roi, me défiant du regard de lui voler son butin. Car suite à notre duel de l'autre jour, où j'avais exhibé l'une des gemmes glanées au cours de mes voyages pour la narguer, elle était devenue maussade et boudeuse en permanence. J'en aurais presque éprouvé du regret si je n'avais pas été aussi content de ma moquerie ! Cependant, quelque sentiment inexplicable m'avait poussé à lui offrir une poignée de piécettes lors de la dernière pause, pas grand-chose en vérité, à peine de quoi s'acheter une mauvaise pute en ville. Je les lui avait déposées dans les mains, qu'elle avait tendues vers moi avec méfiance après que je le lui aie demandé.

La gamine avait ouvert de grands yeux en voyant la menue monnaie tomber dans ses paumes. Ses pupilles fendues s'étaient immensément agrandies jusqu'à occulter le blanc (enfin, le jaune) de ses yeux, ce qui la faisait ressembler à un chat qui vient de repérer une grosse souris. Elle n'avait pas l'air d'y croire ; j'avais doucement poussé ses mains vers elle pour lui signifier que c'était un cadeau. L'or avait promptement disparu dans sa petite bourse, qu'elle avait serrée contre son corps frêle. Son attitude avait dès lors changé du tout au tout. J'avais la vague impression d'avoir gagné ce qui ressemblait à son amour et son respect éternels...

Notre découverte du jour était moins réjouissante. Nous étions face à un nouveau hameau ravagé à quelques kilomètres du grand lac. Il semblait vide de toute présence malfaisante ; il n'y avait qu'un cheval crevé, encore attaché à un poteau devant l'une des maisons. La pauvre bête n'avait pas pu s'enfuir à l'arrivée des monstres, et ils l'avaient dépecée sur place. Ses tripes formaient de curieux dessins par terre ; la môme fronça le nez et s'agrippa à ma cape.

"Ouais... Pas joli joli."

Je rentrai dans la maison, un taudis constitué de trois pièces, déterminé à regarnir mon sac de voyage dont le contenu allait s'amenuisant. Ma voleuse fit comme à son habitude et fila chercher les chambres. J'ouvris les tiroirs de la première pièce, la cuisine, un à un. Rien... Que dalle. Ces gens n'avaient rien. Putains d'inutiles. Paysans. Même pas un outil décent. Je n'avais que peu d'espoir en entrant, et il se faisait déjà la malle à la vitesse d'un cheval au galop. J'entendis la gamine farfouiller dans la pièce à côté, râler en émettant ses borborygmes inintelligibles, puis passer à la pièce suivante en tambourinant des pieds. Je me précipitai à sa suite, prêt à engueuler cette conne de morveuse qui jugeait bon de faire un boucan pas possible.

Ma voleuse était droite comme un I dans l'embrasure de la porte, immobile, dos à moi. Je fis silence et avançai sans bruit pour arriver à sa hauteur, et je vis à mon tour ce qui l'avait stoppée net.

Il y avait un berceau en bois dans la pièce, sur lequel était penchée une femme en linge de nuit, le renversant presque sous son poids. On l'entendait mastiquer avec application ; le sang gouttait entre les barreaux jusque sur le sol. Je vis distinctement un bras d'enfant dépasser par-dessus l'épaule du monstre absorbé par son repas. Sentant mon arrivée, ma voleuse se retourna tout doucement vers moi ; elle porta un index griffu à ses lèvres pour m'intimer le silence.

"Shhh."

Je hochai la tête, et nous reculâmes en prenant toutes les précautions du monde pour ne pas alerter l'abomination. Je ne repris ma respiration qu'une fois sorti à l'air libre.

C'en était trop. Il nous fallait faire demi-tour.
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Posté le 01/05/2020 à 17:17:28. Dernière édition le 01/05/2020 à 23:05:19 

Tout allait de mal en pis à une vitesse affolante. Nous n'avions pas pu remonter plus haut que New Kingston, et nous étions coincés devant ses portes avec quantité d'autres gens eux aussi en quête d'un abri. Les gardes anglais s'organisaient en patrouilles qui avaient pour rôle de réguler le passage, c'est-à-dire repérer les monstres et bien sûr empêcher les étrangers de s'abriter en ville. Seuls les marchands et corsaires de la couronne pouvaient franchir les portes, et encore, il fallait exhiber quelque papier ou preuve écrite prouvant noir sur blanc que l'on était une huile de la colonie. J'avais très vite abandonné l'idée de forcer le passage : trop de gardes, trop d'ennemis potentiels. Je devais déjà prendre quantité de précautions pour ne pas être reconnu, il était donc hors de question que je tente quelque coup d'éclat... Beaucoup gardaient un mauvais souvenir des frères Gemini par ici. Nous avions, après tout, trahi la ville pour passer à l'ennemi il y a cinq ans. Je serais vite démasqué et abattu sur place. J'avais bien essayé d'envoyer la gamine se mettre à l'abri sans moi, se faufiler avec le cortège des marchands peut-être -je l'en croyais parfaitement capable, sa capacité à passer inaperçue quand elle le voulait était telle qu'elle en aurait remontré à ma chère amie et espionne Salamandre- mais rien à faire, elle refusait de me lâcher. Et puis, il y avait grand risque qu'elle se fasse de toute façon massacrer à cause de sa tronche atypique si d'aventure on la découvrait... Où aller ? D'un côté, les gardes et la corde. De l'autre, les crocs et la chair pourrissante qui nous encerclaient et dont le cercle se refermait petit à petit. Nous étions pris au piège.
 
Les attaques se multipliaient jusque sous les remparts de la ville. Les monstres faisaient des incursions régulières parmi les réfugiés massés aux portes, réduisant inexorablement leur nombre. Ces scènes d'horreur provoquaient des mouvements de panique jusqu'à ce que quelqu'un repousse ou détruise le monstre, et cela était immanquablement suivi par l'abattage en masse des blessés, qui criaient pitié en se sachant condamnés. Les gardes laissaient les morts sur place, il revenait aux réfugiés de ramasser les corps pour les jeter sur de grands bûchers qui brûlaient plusieurs heures d'affilée en dégageant une odeur atroce. Les gens mordus qui cachaient leurs blessures, les corps qu'on n'avait pas le temps de récupérer... Ceux-là changeaient et se relevaient, macabres parodies d'êtres humains. Bientôt, nul endroit sur Liberty ne serait épargné. Nous n'avions plus qu'à espérer que les combattants qui s'efforçaient de mettre fin à l'invasion réussissent dans les plus brefs délais.
 
Pour l'instant, ma voleuse et moi faisions profil bas parmi la foule. La tension montait. Les gardes avaient sonné l'alarme un peu plus tôt ; une vigie avait dû voir du mouvement à la lisière de la jungle, de l'autre côté des plaines qui bordaient la ville anglaise. Les patrouilles étaient rentrés dans l'enceinte de la ville et avaient fermé les grandes portes derrière eux. Aucune aide ne viendrait de ce côté là. Aucun doute, une nouvelle attaque se préparait et cette fois-ci nous allions être en première ligne... Tout le monde sentait la catastrophe arriver, on s'était armés avec ce qu'on avait pu trouver. Ce n'était plus qu'une question de temps. Et pour cause ! Ceux qui avaient les meilleurs yeux alertèrent les autres. Une rangée de monstres titubants émergeait de la jungle. Et cette fois, il y en avait beaucoup trop pour qu'il reste quelque chose à brûler après leur passage...
 
La voleuse se pressa contre moi. Tout s'écroulait autour de nous avec un violent parfum de fin du monde, et je pus constater qu'elle affrontait la situation avec plus de courage que la plupart des adultes qui nous entouraient. J'armai mon fusil et mes pistolets, vérifiai que mes poignards étaient à leurs places habituelles, et prit de grandes inspirations pour ralentir les battements de mon coeur. Mon frère me souhaita bonne chance, et je lui rendis la pareille. Mon rituel d'avant la bataille.
 
"On va devoir traverser leurs rangs. Pas le choix. Garde ton canif à portée de main. Tu me colles et tu ne t'éloignes sous aucun prétexte. Compris ?"
 
Ma voleuse fit "oui" de la tête.


***


C'était le chaos. Les hurlements de rage et de douleur retentissaient de partout à la fois, mêlés aux affreux grognements des assaillants. Un vrai massacre. Les gardes tiraient au fusil depuis le haut des murailles, visant à peine, tirant dans le tas dans l'espoir d'abattre le plus possible de monstres, et Dieu reconnaîtrait les siens. Nous étions pris dans la cohue. Les balles sifflaient de tous côtés ; un vieux type à côté de nous fracassa le crâne d'un monstre d'un coup de marteau, mais ne fit pas attention à un autre zombie qui arrivait vers nous. Je poussai le vieux d'une bourrade et le jetai dans les bras du monstre pour l'occuper. Sa chute nous ouvrit un passage... Quelques mètres libres de tout zombie, droit vers la jungle. C'était ça ou rien, le moment ou jamais pour essayer de s'éloigner de cet enfer. Même dans la jungle infestée, nous aurions plus de chances qu'ici. La mioche m'avait pris la main, elle serrait de toutes ses forces pour ne pas être laissée derrière. Ses griffes s'étaient enfoncées dans ma peau. Je fis voler la mioche à ma suite en m'élançant à travers la brèche. Je crus un instant avoir réussi, mais très vite des mains à la force étonnante me saisirent en plusieurs endroits, me retenant sur place. Avec une main prise par la mioche et mon autre bras toujours en cours de guérison, je ne pouvais guère me défendre. Je ne passerai pas. Je tirai un grand coup sur le bras de ma voleuse, manquant lui déboîter l'épaule, et la projetai vers l'avant. Elle, elle pouvait encore s'enfuir.
 
Ça y est, elle était debout à l'écart du combat, libre. En proie à la peur la plus abjecte, mais elle refusait toujours de m'abandonner. Elle n'avançait pas. La colère me prit en la voyant tétanisée.
 
"Barre-toi, Elliott !"
 
Stupide lapsus. Elliott n'était plus là depuis des mois. Quoi qu'il en soit, mon cri eut l'effet voulu : la mioche détala enfin.
 
Ils étaient au moins deux à m'agripper ; j'étais peut-être condamné, mais je comptais bien découvrir à quel point ils ressentaient la douleur. Cédant à une vielle habitude, je visai les yeux. Je dégainai mon couteau préféré et l'enfonçai profondément dans la première orbite disponible, jusqu'à la garde. Le globe crevé laissa couler un pus épais sur mes doigts. C'était surprenant la première fois ; je n'y faisais même plus attention à force. Le zombie n'apprécia pas et se débattit comme un beau diable. Bien fait, pignouf ! Mon second assaillant avait eu, lui, le champ libre. Je sentis une première morsure à la cuisse, et je dégageai la lame de l'orbite pour frapper furieusement à l'aveugle avec mon arme. La pression sur ma jambe se relâcha, mais... Peine perdue ! Le mal était fait. Un froid glacial coula dans mes veines, et il remonta bien vite jusqu'à mon coeur. Dieu que c'était rapide ! J'eus un puissant frisson lorsqu'une langue de glace pénétra mon torse. Fait étrange, je sentis mon frère partir avant moi. L'affreuse sensation que voilà !
 
D'autres morsures suivirent, mais celles-ci je les sentis à peine. Je perdis le contrôle et sombrai dans l'inconscience.
 
La suite, je ne m'en souviens pas ou peu. Il ne m'en reste au mieux que des bribes éparses et peu claires. Je ne me rappelle que de la faim et des interminables couloirs obscurs. J'ignore ce qu'il advint exactement de ma voleuse pendant ce temps là, mais je sus après coup qu'elle me suivit du mieux qu'elle pût malgré sa peur.
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Posté le 03/05/2020 à 19:27:44. Dernière édition le 03/05/2020 à 23:44:36 

Le réveil fut bien difficile. A peine la femme asiatique -une anglaise... Je croyais l'avoir déjà croisée sur le champ de bataille- m'eut administré le produit, que j'eus la sensation que mon crâne allait exploser. J'ignorai comment cela se passait pour les autres infectés, mais mon retour à l'humanité fut une torture à laquelle je n'aime pas repenser aujourd'hui. Mon frère refuse tout bonnement d'en parler ; j'en suis venu à croire que la dose injectée par Ching, si elle était suffisante pour soigner une personne, hé bien... Nous, nous étions deux. Je suppose que mon -que notre- corps avait dû lutter plus que de raison pour s'en sortir. Mes veines me brûlaient, de feu cette fois-ci après la glace liquide qu'avait été la transformation en monstre.
 
Ma vue était brouillée, les silhouettes des autres présents n'étaient plus que des fantômes évoluant dans mon champ de vision. Au début, je n'entendis même pas leurs voix. Dieu merci, l'ouïe me revint beaucoup plus vite que la vue ; je distinguai des sons, puis des mots épars, et enfin les phrases devinrent intelligibles. Mes oreilles étaient assaillies de cris d'inquiétude et de joie mêlés. Le cauchemar semblait fini... Si j'ai bien compris, les alliés de différentes nations s'occupaient de leurs blessés respectifs après que les responsables de la catastrophe aient été abattus, et évitaient le combat en général. Je n'étais pas sûr que cette trêve improvisée dure... L'occasion rêvée pour certains de se venger, ou de simplement ajouter une tête de plus à leur tableau de chasse. Je devais urgemment m'abriter.

Me lever me parut insurmontable. Je fus vite pris de vertiges, mes yeux pulsant comme si un plaisantin s'amusait à les pousser par-derrière avec ses doigts. Je me pris la tête dans les mains et avançai quasiment en aveugle dans les couloirs... J'errai de longues heures. Mon rétablissement commençait à me paraître affreusement lent. Je n'avais plus croisé personne depuis longtemps... La panique me gagna ; peut-être m'étais-je égaré dans les couloirs les plus profonds, au lieu de regagner la sortie ? Un léger martèlement de pieds s'approchant très vite de moi m'alarma soudain.
 
"Qui va là ?!"
 
Une petite main vint se glisser dans la mienne. Une main aux longs doigts griffus... Ma voleuse ! Qu'elle soit bénie mille fois, et remerciée dix mille fois de plus pour s'être montrée si obstinée. Elle se mit à tirer, et je compris qu'elle souhaitait me guider... Avais-je le moindre choix ? J'étais perdu, en mauvais état. De plus, mes tripes me disaient -me HURLAIENT- de lui faire confiance. Après tout, elle avait une dette envers moi... Je lui emboîtai docilement le pas ; elle allait à un rythme décidé qui me fit trébucher au début, mais je pris petit à petit de l'assurance. Pas une fois je ne me heurtai à quoi que ce soit, et elle prenait soin de me faciliter le passage. Plusieurs fois, elle stoppa net et me poussa à me cacher pour laisser passer quelque chose, ou quelqu'un... Je crois avoir croisé Faye à un moment. Sa douce voix était parée d'accents d'inquiétude. La petite ne s'attarda pas et me tira à sa suite sans me laisser le loisir de répondre.

Nous finîmes par atteindre l'extérieur, et la lumière... Aveuglante. Douloureuse. Je me cachai les yeux comme je pus avec mon bras avec ma main libre, faible et maladroite. Au moins, je pouvais maintenant l'utiliser, rien qu'un peu, après des semaines à me sentir comme un manchot. L'affreuse blessure que j'avais récoltée à ce bras-là donnait enfin des signes de guérison... Je me rendis compte que nous marchions depuis peu sur un sol pourvu de végétation. Le vent était pur, sain. Une caresse bienvenue après les ténèbres puantes des souterrains.
 
Mes pensées s'éclaircissaient un peu plus à chaque pas. Je réalisai ce qu'impliquait la présence de ma jeune voleuse dans ces ténèbres malpropres, qu'elle m'ait suivie là-dedans. Je me demandais si d'autres que Faye l'avaient vue, et si oui quelle serait leur réaction... Un nouveau larbin pour Gemini ? Qu'en diraient mes camarades ? A vrai dire, je crois que leur avis m'importerait peu. Je m'étais attaché à la mioche. Si je devais être honnête, je gage que ses... particularités n'étaient pas étrangères à mon affection pour elle. Ma langue était moins pâteuse, ma gorge moins sèche. Je pus parler, bien qu'il me fallût me racler la gorge plusieurs fois avant d'obtenir un résultat convenable. Mes yeux quant à eux, étaient encore bien meurtris par la lumière éclatante du soleil après des jours passés dans le noir.
 
"Merci."
 
Elle exerça une légère pression sur ma main ; je sus alors avec certitude qu'elle me comprenait parfaitement. Je tentai ma chance.
 
"Je ne connais même pas ton nom."
 
Elle hésita quelque peu, comme peuvent le faire ces ermites de retour en ville qui ont besoin de chercher des mots qu'ils n'ont pas utilisés depuis longtemps.
 
"De rien, hm... Homme au Trésor. Ça mérite, heu, au moins une pierre, je dirais. Le diamant. Ou de l'or, oui ! Beaucoup. Peut-être bien... deux fois dix pièces, même." me répondit-elle d'une voix criarde. Elle semblait très nerveuse. "Euph... Euphemia. C'est moi. Effie."
 
Ainsi, elle pouvait bien parler. Je m'en était douté auparavant, bien que je ne pus expliquer pourquoi. En tout cas, elle, avait réussi à arracher un sourire à la boule de souffrance que j'étais actuellement.
 
"Alors, merci... Effie. De la part de Marco Gemini, qui te couvrira d'or !"
 
Elle me serra la main tellement fort à cause de l'excitation que ses griffes me transpercèrent la peau.
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Posté le 05/05/2020 à 19:43:53. Dernière édition le 05/05/2020 à 23:55:54 

J'avais beau avoir déjà passé plusieurs jours en compagnie de... d'Effie, puisqu'il fallait bien la nommer, j'avais l'impression de découvrir un personnage entièrement nouveau. Elle m'avait ramené au Manoir, traîné jusqu'au grenier où elle disait habiter. L'endroit était rempli de cachettes potentielles, si bien qu'elle pouvait devenir parfaitement invisible lorsqu'un intrus venait fouiller les lieux comme je l'avais fait quelques jours plus tôt. Je m'étais écroulé comme une masse une fois arrivé à sa cachette et j'avais dormi de longues heures. J'avais grand besoin de ce sommeil revigorant. Mes soucis semblaient terminés à mon réveil : j'y voyais de nouveau clair et mes muscles avaient arrêté de me lancer. Nous étions maintenant entassés dans une des chambres à l'étage, en compagnie des araignées et des cafards.
 
"Et donc... Tu vis là, seule ? T'as pas de parents ?"

Nous étions assis face à face dans la petite pièce, moi en tailleur, elle accroupie ; entre nous se trouvait un casse-croûte improvisé principalement constitué de pain rassis, posé à même le sol poussiéreux par Effie qui semblait s'être donnée bien du mal pour moi. Le repas était rudimentaire, mais il nous permettrait malgré tout de nous restaurer. J'étais affamé. Elle me regardait manger avec de grands yeux.

"Tu n'as pas faim, toi ?

- Non, ça va. Sinon je vis là, oui.
 
- Depuis longtemps ?
 
- Hm, heu... Je dirais..."
 
Elle essaya de compter sur ses doigts, mais abandonna très vite.
 
"Longtemps."
 
Je mastiquai mon quignon de pain sans rien ajouter. Elle n'avait pas répondu à ma question sur ses parents, mais je refusais de remettre le sujet sur le tapis si cela risquait de gâcher ce moment d'intimité. Nous discutions sans fard. Si elle ne voulait pas en parler, cela m'était égal. Je ne crois pas que quiconque puisse vivre ce que nous avions vécu ces derniers jours ensemble et faire comme si rien ne s'était passé. Comme avec mes compagnons du passé, Salamandre, Héloïse, Fumeur, tous les autres... un lien s'était créé. C'est du moins ce que je croyais ; j'ignore si ma voleuse voyait les choses de la même façon. Je connaissais trop mal les enfants pour être sûr de quoi que ce soit en ce qui la concernait.

Le silence était revenu. Elle me fixait encore de ses grands yeux jaunes ; je commençais presque à me faire à ces deux globes brillants qui cillaient trop peu. Elle se pencha subitement sur le parquet, glissa une griffe dans l'interstice entre deux lattes et souleva ainsi l'une des planches. Il y avait là une cachette remplie d'un bordel sans nom ; j'y distinguai des babioles sans valeur, principalement des boutons de chemise et de l'argenterie sale. Elle ricana de satisfaction.
 
"C'est mon trésor secret de quand j'étais p'tite. J'ai mis des années à l'assembler. Génial, non ? R'garde, c'est ma poupée."
 
Elle me colla sous le nez une poupée de chiffon toute sale et défraîchie, un patchwork cousu grossièrement dont le rembourrage de paille sortait par endroits. Elle la laissa tomber entre mes mains et revint à ses trésors. Les boutons de chemise furent ajoutés à sa bourse comme s'il s'agissait de vraies pièces ; une fourchette en argent fut reniflée avec soin, mordue avec de petites dents pointues ("Arghn !"), jugée décevante, et finit par voler à travers la pièce. J'examinai pendant ce temps le jouet ; la plupart des morceaux de tissu utilisés étaient verts. J'avais beau ne pas avoir la réputation d'être un sentimental, la solitude que cette vision évoquait m'attrista.

"Effie ?

- Oui ?"

Ses longues oreilles pivotèrent dans ma direction.

"Pourquoi tu es... comme ça ?"
 
- Et toi ? Pourquoi toi t'es comme ça ?"
 
Elle m'avait répondu vivement, sans la moindre colère cependant. J'avais beau être une curiosité, j'étais à peu près certain d'être moins remarquable qu'une morveuse avec une tronche de lutin. Je décidai néanmoins de jouer le jeu.
 
"Comment ça "comme ça" ?
 
- Ben... Comme ça." répondit-elle en faisant des gestes désordonnés dans les airs avec les mains, sensés dessiner ma silhouette biscornue.
 
- Je suis né comme ça. Tu n'as jamais entendu parler des frères siamois ? On en voit très peu, et ils ne vivent pas longtemps en général.
 
- Hun hun, bien sûr que si."

Note à moi-même : Effie était une très mauvaise menteuse. Je lui rendis sa poupée et elle retourna à la fouille de sa cachette sous le plancher. J'étais persuadé de l'avoir vue glisser discrètement l'objet sous sa veste en haillons.

"Moi, j'étais pas comme ça au début, dit-elle en montrant son visage, Mais je ne me souviens pas de ce qui s'est passé. Je pense que j'avais une famille, avant. Voyons voir.. A-HA !"

Elle exhiba fièrement un jambon espagnol à peine verdi et déjà bien mâchouillé, extrait du fin fond de sa cachette poussiéreuse.
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Posté le 08/05/2020 à 17:43:12. Dernière édition le 08/05/2020 à 23:00:01 

C'était sur un rot sonore que s'était achevé notre repas -un rot à l'intensité surprenante pour un si petit gabarit. Effie manquait singulièrement de manières, même pour moi. L'hygiène semblait n'être qu'une considération de seconde zone pour elle et, disons-le franchement, elle puait affreusement. Après, quiconque avait pu fréquenter Gaston, l'ancien pirate, réalisait rapidement que l'hygiène était somme toute relative : pour certains, se laver le cul à l'eau claire quelques fois par mois constituait un effort considérable qu'il fallait louer et encourager.

"Qu'est-ce qu'on mange bien ici ! dit ma jeune amie en se grattant les dents avec une griffe.

- Un festin de roi, pour sûr."

Je n'osai pas la vexer. Nous ne nous étions partagé que quelques tranches de jambon rance et du pain rassis, et j'avais déjà heurté sa fierté en refusant un cafard dont elle n'avait fait qu'une bouchée. J'espérais juste que les grognements de mon estomac frustré ne s'entendaient pas trop.

Elle me fit la visite. J'eus droit aux latrines (un coin de la dernière chambre à gauche), à la garde-robe (le coin opposé de la même chambre), et à tous ses passages secrets et planques... Le Manoir en était truffé, et je m'alarmai de l'état de plusieurs de ces passages : poutres vermoulues et mortier friable ne faisaient pas bon ménage. Je rentrai les épaules à chaque fois que mon hôtesse touchait aux murs, persuadé que la baraque allait s'effondrer sur nos têtes. Elle bavardait sans s'arrêter, traînant un vieux sac qu'elle remplissait au fur et à mesure avec ce qu'elle pouvait trouver d'utile. Elle gesticulait beaucoup en me racontant des anecdotes, qui semblaient toujours impliquer un corsaire terrifiant venu piller l'endroit, qui finissait invariablement avec les poches vides et se retrouvait obligé de repartir chez lui cul nul. Mes réponses déjà laconiques se firent de plus en plus rares. Elle ne sembla pas s'en formaliser, ou même s'en rendre compte, et continua son monologue. Cela dura un certain moment, et je m'assoupis presque debout. Mes pieds avançaient par automatisme.

"...Qu'est-ce que ça va me manquer quand je vais partir avec toi, tout ça ! Mais, y faut bien grandir !

- Pardon ?"

La phrase m'avait sorti de ma torpeur. Je ne m'étais même pas rendu compte que nous étions arrivés dans les quartiers des domestiques, à côté de la cuisine au rez-de-chaussée.

"On va vivre ensemble, non ?

- ...

- C'est ce que font les amis. Je l'ai lu. On est amis, alors, on va habiter ensemble. C'est la loi... C'est écrit... Là !"

Elle fouilla les alentours du regard, repéra un tas de paperasse qui prenait la poussière sur l'établi, y prit le premier livre disponible et le brandit avec aplomb pour preuve. C'était un livre de cuisine, qui plus est tenu à l'envers.

"Toi, tu ne sais pas lire.

- Comment tu... tu... Sorcellerie !"

Ses oreilles s'étaient couchées vers l'arrière ; elle plissa les yeux en me regardant, emplie d'une crainte révérencielle. Elle ressemblait parfois beaucoup plus à un animal qu'à un être humain.

"Ne sois pas idiote. MOI je sais lire, c'est tout. Nous sommes amis, cela j'en conviens. Mais..."

Je ne finis jamais ma phrase : elle me faisait le coup du chien battu. J'étais face à deux yeux immenses aux pupilles arrondies et bordés de larmes. Y'a pas à dire, cette môme, c'était quelque chose.
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Posté le 12/05/2020 à 11:51:32. Dernière édition le 12/05/2020 à 13:40:16 

Après l'épisode désastreux du bal, heureusement atténué par la vision d'un Cendre grassouillet toujours aussi fascinant à voir évoluer -comment un mioche pareil pouvait survivre sur Liberty, l'île des brutes et des tarés ? Je montrai le repaire à ma protégée : toujours aussi grand, toujours aussi vide. Quelle tristesse. Au moins, il y avait assez de place pour qu'elle puisse y rôder sans jamais croiser quiconque. J'avais fini par découvrir un autre aspect de sa personnalité ; Effie s'avérait grande amatrice de jeux, paris et devinettes. Cela faisait maintenant trois jours qu'elle me réclamait incessamment des parties -et peu importe le jeu, du moment qu'elle pouvait y gagner de l'argent. J'étais bombardé d'énigmes, heureusement éculées, souvent ridicules. Il me faudrait bien lui apprendre ses lettres... Si elle mettait la main sur un livre de devinettes à ce moment, je doutai de ma future santé mentale.

"Gem ? On joue ? Gem ?"

Elle me harcèlerait jusqu'à ce que je cède.

"Ok. On joue à pile ou face. Si tu gagnes, je te donne cette pièce."

Je fis danser un doublon entre mes doigts ; elle le suivit des yeux avec fascination. Bien qu'immense, son addiction au jeu ne surpassait pas sa passion pour l'argent. Peut-être faudrait-il m'en inquiéter un jour. En attendant...

"Pile je gagne, face tu perds."

Et je lançai la pièce.

"Face. T'as perdu."

Elle fronça le nez, dégoûtée. J'étais peinard jusqu'au prochain jeu... Je comptais bien en profiter un maximum avant qu'elle ne comprenne le truc.
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Posté le 16/05/2020 à 14:07:56. Dernière édition le 16/05/2020 à 22:51:53 

Voilà. Même si ce n'était rien de chic, Effie allait avoir bien meilleure mine avec autre chose que des haillons sur le dos. Quelques prostituées de ma connaissance avaient été ravies de me fournir des vêtements adaptés pour une jeune fille, non sans me jeter quelques regards narquois que je préférai ne pas relever. Aucune cependant n'osa plaisanter ouvertement sur mon intérêt soudain pour les atours d'adolescente, bien que je sache pertinemment qu'elles n'en pensaient pas moins. Ça allait jaser dès que je m'en serais allé.

Je revins vers le Repaire avec un paquet de fringues que je jetai aux pieds de la gamine sitôt que je l'eût rejointe, la laissant déballer le tout avec des cris de ravissement.

"Y'a un piaf qui m'a apporté un truc, Gem. Je l'ai mis là-bas... Y'a des mots dessus. Peux m'le lire ?"

En effet, une boule de papier méchamment froissée gisait par terre. Je la pris et la dépliai pour lui lire ; l'écriture y était enfantine, pleine de ronds et de déliés.

"Ai essayé d'attraper l'oiseau qui l'a apportée. Pour le manger. Pas réussi."

Elle essayait à grand-peine de s'enfiler des bas de lin sur les bras.

"C'est un message de la part de Cendre. Il veut de tes nouvelles." et j'entamai la lecture de la lettre à voix haute.

Elle s'était enroulé une jupe autour des épaules et une seconde autour de la taille, et elle admira son reflet dans une cuillère d'argent sortie de son butin personnel.

"Bah, ça va bien.

- Il te parle des autres pirates ensuite.

- Les quoi ?"

Je ne pus m'empêcher de me pincer l'arête du nez. J'oubliai parfois que ma jeune protégée n'avait pas vraiment profité des nouvelles de l'extérieur,  étant restée enterrée au Manoir pendant la majeure partie de sa vie.

"Les pirates. Moi. Mes camarades. Ceux qui habitent ici. Qui ne sont pas vraiment sensés te voir, pour l'instant.

- Aaah.

- Passons. Elle te conseille aussi de donner du rhum à "Tuteur" pour l'amadouer.

- Du quoi ?"

Misère. Devrais-je vraiment être celui qui lui ferait goûter à la boisson ? Je supposai que oui. Jamais deux sans trois comme on disait : après l'argent et le jeu, ce ne serait guère qu'un vice de plus.

Elle avait enfin réussi à enfiler correctement une robe toute élimée et aux couleurs passées. Elle s'appliquait maintenant à s'orner de bijoux... Je me saisis d'une plume et d'un parchemin, en prévention du moment où elle se souviendrait de me dicter une réponse à envoyer à Cendre.

Je ne pourrai pas faire cela indéfiniment. Il me fallait lui procurer un minimum d'éducation.

Sacré travail en perspective.

Spoiler


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Posté le 22/05/2020 à 20:28:35. Dernière édition le 22/05/2020 à 20:30:46 

Nul ne savait quand surviendrait la crise suivante, le prochain événement qui mettrait encore Liberty à genoux. Je craignais que cette île de malheur, qui avait toujours su se relever malgré quantité de massacres et de cataclysmes, ne finisse par y rester. En attendant, je profitais autant que possible de la compagnie de ma protégée. Elle faisait des progrès exceptionnels, démontrant une intelligence certaine malgré ce que ses manières déplorables et son comportement terriblement fruste laissaient supposer. Je me découvrais là l'âme d'un mentor déterminé à tirer le meilleur de son élève. Nous nous aventurions régulièrement ensemble dans les terres sauvages de Liberty, évitant la population, errant à notre guise, observant, découvrant, volant parfois. Une vie de brigand que je savais éphémère ; mes responsabilités pouvaient se rappeler à moi à tout moment.

En la voyant fouiller ainsi à grands gestes les hautes herbes pour débusquer des bestioles à examiner, j'aurais menti en disant ne jamais avoir pensé à fuir la Chimère. J'en connais qui auraient bien ri en sachant cela, ou n'y auraient pas cru venant de ma part. Effie, qui avait totalement disparu dans les herbes touffues quelques instants auparavant, reparut couverte de saletés et de débris végétaux.
 
"Regarde ce que j'ai trouvé !"
 
Très contente d'elle, elle me montra un gros rat crevé qu'elle tenait par la queue.
 
"Bouge pas, faut que j'le dise à Cendre."
 
Elle fourra la charogne dans son sac et s'accroupit sur place pour écrire sur un bout de parchemin. Elle découvrait en effet la joie de savoir manier les lettres, bien que mes exercices la fassent souvent enrager. Elle aurait pu tenir tête à un buffle niveau obstination. En jetant un oeil sur son travail, je constatai qu'elle prenait grand soin d'attacher les lettres. Bon point. Pour le reste... je n'avais pas le courage de corriger ses fautes cette fois.
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Posté le 29/05/2020 à 23:28:04 

L'incident était clos.

D'abord je l'avais perdue de vue une seconde, une seule, sur un vieux sentier. Peut-être avait-elle suivi un gros lézard, ou un oiseau aux plumes chatoyantes, je n'en savais rien. Je fouillai tout de suite les alentours, l'appelant à voix basse ; j'avais finalement, après de longues minutes de panique, commencé à entendre des voix un peu plus loin. La sienne, déjà, mais différente. Des couinements aigus. Derrière, une voix éraillée, plus grave, celle d'un homme agité. Et puis j'avais entendu les bruits de coups.

J'avais foncé droit vers les voix.

Ce n'était qu'un vagabond, un soudard dégoûtant avec le poignard au côté, mal rasé et suant. Il tenait mon Effie par le cou, lui crachant des invectives au visage. Elle se débattait sans force, son teint vert tirant sur le violet. Ses joues étaient striées de larmes.

"Monstre ! Qu'ess't'es donc, hein ? Petit monstre ! Qu'ess'tu caches ?"

Et il la frappa à deux reprises, deux coups en plein visage. Je savais qu'il n'attendait qu'un prétexte pour tirer son poignard. Je ne cherchais pas plus loin ; tant pis pour la discrétion, mes bottes foulèrent le sol à grands fracas. Il m'entendit, me vit et me reconnut, juste avant que je n'écrase mon poing ganté et clouté sur ses gencives de tout mon élan, lui brisant les dents. Effie, libérée, resta prostrée au sol, secouée de sanglots. Je passai l'homme à tabac sans lui laisser de répit, pour passer mes nerfs, pour faire disparaître la peur et l'angoisse. Il tenta de parler, mais je ne distinguai aucun mot -et ne fit aucun effort pour cela.

"Y m'a insultée. Il m'a fait pleurer."

Quelques mots lâchés d'une toute petite voix. Elle se relevait enfin. Elle saignait du nez et des lèvres, fendues en deux endroits suite aux coups. Je devrais vérifier plus tard s'il ne lui avait pas cassé une dent.

"Fais-le pleurer aussi."

Elle savait très bien ce qu'elle me demandait.

"D'accord. Tourne-toi et bouche-toi les oreilles."

Elle fit lentement "non" de la tête.

Ça m'allait.

Je mis tout mon art à contribution.

L'incident était clos.
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Posté le 03/06/2020 à 23:51:00. Dernière édition le 03/06/2020 à 23:51:22 

"Dis..."

La petite voulait quelque chose. Je m'écartai un instant de la tâche que j'étais en train d'accomplir -de simples réparations sur une botte trouée.

"C'est vrai que t'as dit à Cendre que tu voulais lui apprendre à s'battre ?"

Elle se tenait courbée, triturant ses mains. Mal à l'aise.

"Redresse-toi, Effie.

- Hmm."

Elle obéit de mauvaise grâce.

"Alors ? C'est vrai ?

- Oui.

- Tu m'apprendrais aussi ?"

Elle essaya de sourire. Ce n'était déjà pas très convaincant à la base, et elle n'était pas aidée depuis son altercation de l'autre jour : il manquait le bout de l'une de ses dents pointues, cassé net par un coup de poing. Elle avait encore un coquard.

Je tendis la main.

"Montre-moi ton canif."

Elle s'exécuta, et je pus examiner l'objet à loisir. Petit. Pratique. Facile à cacher. La poignée en os épousait la forme de la main et en rendait la prise confortable, et la lame, bien que courte, était solidement ajustée sur le manche.

"C'est une arme correcte. Où l'as-tu trouvé ?

- Pas trouvé. Ni volé. Fabriqué.

- Vrai ça ? Impressionnant."

Je le pensais sincèrement. Si l'on savait où frapper, un coup bien placé avec ceci ferait saigner un homme adulte à mort. J'en avais moi-même senti la morsure cruelle à plusieurs reprises lors de notre première rencontre.

Je pouvais voir qu'elle prenait autant soin de son canif que moi de mes vieilles dagues. Je repliai la lame et lui lançai son arme, qu'elle attrapa au vol sans la moindre difficulté. Bons réflexes.

"C'est d'accord. Maintenant, tu ouvres bien tes grandes esgourdes et tu me laisses parler. Ta première leçon commence ce soir."

Je préférai encore lui apprendre à tuer que la laisser à la merci de tous ces tarés.
Gemini
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Posté le 06/06/2020 à 22:42:54. Dernière édition le 06/06/2020 à 23:31:22 




"Le grand Gemini se sentirait-il pousser la fibre paternelle ?"

Quand ma chère Salamandre me fixait ainsi de ses yeux sombres, elle me fichait les jetons. Je discernai au fond d'eux cette lueur dont j'étais persuadé qu'elle était alimentée par sa passion malsaine pour le feu.

Evidemment, j'avais bien fini par devoir présenter ma protégée à mes plus fidèles acolytes. Tout s'était bien passé, à vrai dire. Effie et le nain Angus s'étaient rapidement trouvé des points communs -Angus avait eu droit au passage en revue complet et total des bidules de la gamine, vivants ou non- et Salamandre s'était contentée de fixer sévèrement l'adolescente jusqu'à ce qu'elle-ci se réfugie derrière moi. Finalement, la femme sèche et taciturne s'était accroupie et avait tendu une main couverte de cicatrices de brûlures, doucement, pour lui caresser le visage. Effie s'était abandonnée à la caresse après un instant de tension, ravie.

Nous discutions depuis, moi et ma lieutenante, tandis qu'Angus le Fou distrayait la mioche à coups de concours de rots. Je ne les avais pas revu depuis de longues semaines, depuis avant cette foutue invasion même, et il convenait que nous fassions le point sérieusement. J'avais détruit mon entreprise clandestine et ruiné mes propres plans. Nous repartions de zéro. Sauf que j'avais des supérieurs...

"L'Assyrien et la Noyée voudront savoir ce qu'il se passe. Ils finiront par se douter de quelque chose, et ils enverront des gens te chercher. Nous chercher.

- Je sais. On s'en sortira, Sal. Ishaq, j'en fais mon affaire. Il m'écoutera."

Elle fit la moue.

"Ce n'est pas lui qui m'inquiète le plus, Gem. Tu ne l'as plus vue depuis trop longtemps. Ce n'est plus la même...

- On verra."
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Posté le 15/06/2020 à 17:53:49 

J'ai eu le malheur de lui expliquer le concept d'anniversaire il y a une semaine ; depuis, elle insiste chaque jour pour me faire croire que c'est le sien.

J'ai dû lui offrir un truc pour qu'elle se taise, un peigne en ivoire en l'occurrence. Un bel objet. Elle s'acharne à peigner sa tignasse indisciplinée tous les soirs, sans succès. Il ne lui faut de toute façon pas cinq minutes pour se retrouver avec des saletés dans les cheveux.

Elle apprend vite, bien que son éducation reste plus rustique que ce que j'aurais souhaité. J'apprends de même : je me plais à l'observer déployer des trésors d'ingéniosité pour faire grossir sa pile de butin. C'est là qu'elle révèle toute sa ruse ; sans son apparence atypique, elle serait sûrement déjà en train de soulager des badauds crédules de leurs biens.
Gemini
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Posté le 21/06/2020 à 22:29:36. Dernière édition le 21/06/2020 à 22:49:37 

Les longues oreilles de la gamine se dressèrent à l'écoute, tournées dans la direction des ouvriers qu'elle espionnait. Elle n'avait plus peur, maintenant. Enfin, plus trop... Elle rôdait plus loin dans les terres, plus près des gens, parfois même parmi eux à la faveur de la nuit.

Et Gemini n'avait même pas besoin d'être là, ce dont elle était très fière !

Elle était fière de devenir une grande, et fière d'être une jeune fille éduquée !

Elle arrivait à attacher les lettres, bordel de merde !

Elle adorait Gemini. Il ne disait rien quand elle jurait, ce dont elle ne se privait pas, et lui enseignait des tas de choses. Et pendant ce temps, elle continuait de s'emplir les poches sous l'oeil bienveillant de son mentor...

Bientôt, elle aurait assez de boutons de chemise pour s'en faire un deuxième collier. Elle se sentait R I C H E.

Mais là, d'autres affaires l'appelaient. Des mots qu'elle entendait vaguement ; certains étaient beaucoup plus audibles que d'autres. Et là...

Ça parlait d'or, dans un temple.

Elle frémit.

De beaucoup d'or.

Ses pupilles se dilatèrent démesurément dans la pénombre.

D'IMMENSES quantités d'or.

 Une inspiration rauque lui échappa malgré elle.

"UUUUUUUUUUUUUUUUH."

Les marins interrompirent leur conversation, inquiets. La nuit était noire, l'endroit peu réputé, leur présence pas nécessaire.

"T'as entendu ?

- Tirons-nous !"

Ils se tirèrent donc en quatrième vitesse. Effie émergea une fois qu'elle eût retrouvé ses esprits et que la voie fut libre ; sa tignasse se hérissait sous l'effet de l'excitation, elle découvrait ses dents pointues et serrait ses petits poings osseux.

"A. MOIII !"
Gemini
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Posté le 27/06/2020 à 14:11:01 

C'est pas possible. C'était elle le cerveau, en fait...

Elle lui avait écrit un mot -vu qu'elle savait lire et écrire maintenant, n'est-ce pas, hein, elle prenait grand soin de le rappeler tous les jours à quiconque pouvait l'entendre, c'est-à-dire le plus souvent Gemini.

"Il parer qu'il y a de l'ORE, beaucoup, au centre de l'ile. Des TONES d'ORE, et je pense qu'on devrait y aller. Pour prendre l'ORE.

l' O R E.

Ok ?

Effie
"

Elle avait signé très soigneusement : son prénom, elle le connaissait par coeur. Deux "f". Un "e" au début, et un à la fin.

Ça n'avait pas loupé.

Il n'avait.

RIEN.

Écouté.

Il était parti, seul, sans l'attendre, faire des trucs qui n'avaient sûrement rien à voir avec ses rêves de fortune, dans une des grandes villes. Celle qui pue. Pas celle-là, l'autre. Le seul truc bien là-bas, c'était de se percher sur le toit d'un des grands bâtiments, au sud, où ils servaient à boire, et... et autre chose, elle ne comprenait pas encore bien quoi, et de humer la fumée qui s'échappait des fenêtres. Ça lui tournait la tête au bout d'un moment, mais alors elle se sentait bien, détendue, et elle regardait les étoiles.

Il lui avait dit qu'il valait mieux ne pas les regarder trop longtemps, qu'on ne savait jamais ce qu'on pouvait y trouver... Genre, une étoile qui t'aurait rendu ton regard. Un abîme dans le ciel, un truc inconnu, bizarre. Il avait été très strict sur ce point, on aurait presque dit qu'il avait peur. Elle n'avait pas bien compris...

Elle, elle trouvait juste ça beau, le ciel étoilé.

Peut-être qu'il lui ramènerait encore des petits fours.
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Posté le 04/07/2020 à 23:15:49 

En attendant Gemini


L'index fouillait, aventureux, hardi, impérieux. La chasse, qui se déroulait dans un état de concentration extrême, dura de longues minutes. L'ongle crochu finit enfin par dégoter un trésor, qu'il ramena à la lumière après maints efforts minutieux.

Effie contempla sous toutes les coutures le monstre qu'elle avait sorti de son nez, impressionnée.

Wahou !

Assise sur un vieux ponton délabré, elle balançait ses pieds nus et sales au-dessus de l'eau ; impossible de trouver des chaussures convenables avec des panards pareils, ses orteils griffus trouaient même le cuir au bout de quelques heures. Elle façonna très soigneusement une petite boule avec son trésor, qu'elle projeta dans l'eau d'une pichenette experte, et commença à compter.

Un... Deux...

GLOUPS ! Un énorme poisson-chat creva la surface, gueule grande ouverte, et engloutit la boulette qui flottait. Il avait été beaucoup plus rapide cette fois !

Une pensée fulgurante anima son cerveau abruti d'ennui.

Qu'est-ce que je m'emmerde, nom de dieu.
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Posté le 10/07/2020 à 20:50:23 

Gemini avançait à grands pas, droit à travers la jungle.

Il n'avait pas posé un pied dans leur planque qu'une furie échevelée s'était précipitée sur lui, hurlante et gesticulante ; des bribes de mots épars jaillissaient à grand-peine entre deux postillons, l'éclair fou de deux yeux jaunes à quelques centimètres de son visage -Effie avait sauté sur lui et s'était agrippée des pieds et des mains à sa chemise comme l'aurait fait un singe.

Il avait pu reconstituer quelques phrases intelligibles une fois la jeune fille un peu calmée.

Typique, ça. On s'absentait rien qu'un peu, et l'île redevenait instantanément un gros foutoir.

Loin devant lui, Port-Louis brûlait toujours.
Gemini
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Posté le 25/07/2020 à 11:39:53. Dernière édition le 25/07/2020 à 11:59:02 

Ugh.

Cendre n'allait pas bien. Gemini était allé la voir ; et elle, elle avait suivi Gemini. Et là, un chat lui avait parlé. Ça, c'était pas très normal. Un chat, ça ne parle pas. Effie en était sûre.

Elle en avait mangé un bon paquet, et aucun n'avait jamais protesté.

Ç'avait été comme une drôle de sensation dans sa tête, une voix qui flotte. Ce n'est qu'après coup qu'elle avait compris... Mais sur le moment, elle avait fui, complètement terrorisée, et avait ensuite eu honte de sa peur.

Trouillarde !

Et elle avait abandonné Cendre à son sort. Ça lui faisait un ami de moins sur les cinq qu'elle avait au total.

Ça faisait qu'elle n'en avait plus que... hm...

...Huit ?

(ici, elle s'arrêta le temps de la réflexion pour compter avec application sur ses doigts. Il faut dire pour sa défense qu'autant le concept d'addition lui avait paru évident -mes pièces plus les tiennes égale plus de pièces pour moi- autant celui de la soustraction lui échappait encore : mes pièces moins ce que tu me voles égale je te frappe et je récupère mon bien plus tes pièces égale plus de pièces pour moi.)

Elle essaya de se rappeler les cours de Gemini. Cinq moins un égale... Sept ?

Yep. Sept. Sept amis restants. Ça faisait peu, même si celle qui s'appelait Faye était assez canon pour deux.

En plus, elle avait donné des cadeaux à Cendre.

Si elle mourait, elle serait peut-être enterrée avec.

Affreux.
Gemini
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Posté le 26/07/2020 à 18:23:17. Dernière édition le 26/07/2020 à 18:23:39 

En attendant Gemini #2


Effie se mit l'index dans la bouche, bava consciencieusement dessus et le leva ensuite au-dessus de sa tête.
 
Oui, le vent venait bien de là-bas. Elle pivota légèrement vers la gauche.
 
C'était quand même vachement dur de faire pipi debout sans s'en mettre partout.
Gemini
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Posté le 28/07/2020 à 22:37:34. Dernière édition le 28/07/2020 à 23:42:17 

En attendant Gemini #3


C'était une bien bonne idée, foi d'Effie-le-Génie. C'était d'avoir trouvé l'hameçon qui la lui avait soufflée ; un vieux hameçon rouillé mais bien pointu qui traînait là par terre. Il sentait encore un peu le poisson, c'était agréable.
 
Le tout, c'était de le tenir fermement, prendre une grande inspiration, bien viser, et là, appuyer un grand coup...
 
...hhHHmhHhMppFFFf !

*crouitch*
 
"#*@=£% ! *%@$ !! ?#§*¤£%@$ !!!"
 
...Ouille. Mais ouah, comment elle aurait la classe maintenant, avec le nez percé !
Gemini
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Posté le 31/07/2020 à 15:37:42. Dernière édition le 31/07/2020 à 16:44:08 

Je repensais à  l'homme qui avait attaquée mon Effie, événement qui m'avait poussé à lui apprendre les rudiments du combat. Quels tourments l'attendaient encore ? Comment pouvait-elle trouver le sommeil...? Rien que les circonstances de notre rencontre avaient été extraordinaires, et cette histoire de zombies avait été traumatisante pour beaucoup -même si la plupart des corsaires locaux se comportaient comme si rien de tout cela n'était jamais arrivé.
 
Nous étions sur Liberty. Peut-être me faisais-je trop de soucis pour pas grand-chose ; les monstres ici étaient la norme, aussi horribles et stupides soient-ils. Plusieurs s'étaient même intégrés aux colonies contre toute attente. Pourquoi pas elle ? Même les enfants grandissant sur l'île semblaient n'avoir pas de séquelles ou presque, bien que je me pose de nombreuses questions sur la santé mentale de merdeux comme Trounuzoïde ou Ayden.
 
Les colonies libertyennes n'ont jamais été et ne seront jamais le continent... J'en étais réduit à attendre, en priant pour que la relative indépendance de l'île continue loin des conflits qui faisaient rage en Europe. La guerre de la Quadruple-Alliance venait de prendre fin ; l'attention des souverains du Vieux Continent pourrait bien se tourner ensuite vers les Amériques. Si une telle alliance venait à débarquer chez nous, les désaxés, parias et hurluberlus que nous sommes seraient pour la plupart abattus à vue, peu importe leur bandeau.
 
Mes pensées allèrent vers Effie. J'espérais qu'elle ne vivait pas trop mal l'agonie de Cendre, ni l'intrusion de la sorcière dans sa cervelle...
 
 
***

En attendant Gemini #5

Spoiler
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